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Un défi au désespoir
La longue histoire de la conquête de l’Espagne par les Maures et les Musulmans, puis de la résistance et de la Reconquête européenne et chrétienne, est l’une des plus fascinantes et aussi l’une des moins connues. Fascinante pour plus d’une raison. Sa durée d’abord, puisque l’occupation arabe et la Reconquête s’étendent sur presque huit siècles. Sa signification ensuite, qui dépasse de loin les péripéties des guerres dynastiques et territoriales que se livraient entre eux à la même époque les royaumes d’Europe occidentale. Ce qui était en jeu, c’était l’existence même d’une civilisation ainsi que le destin des populations et de chaque personne, suivant le déplacement de la frontière au gré de la guerre entre zones soumises à l’Islam et zones libérées. Pendant des siècles, cette frontière n’a pas cessé de changer. Plusieurs fois, les contemporains eurent certainement le sentiment désespérant qu’ils avaient perdu la partie, que le ciel leur tombait sur la tête et qu’ils allaient devenir les esclaves d’un système aussi étranger qu’impitoyable. Et pourtant, malgré les défaites prolongées, les effondrements, les querelles fratricides, les villes incendiées, les campagnes dévastées, les populations massacrées ou capturées, malgré un abîme chaotique, peu à peu la Reconquête est devenue réalité et a fini par triompher. Il n’y a pas d’histoire plus exemplaire de défi opposé au désespoir.
Oui, cette histoire est mal connue. Tout avait commencé en 711 avec l’intrusion par Gibraltar (djebel al-Tariq) d’un petit corps expéditionnaire musulman, en partie arabe. Sans rencontrer d’opposition sérieuse, bénéficiant sur place de complicités, profitant de la décadence et de la division du royaume wisigothique, la conquête se développa si bien que les envahisseurs franchirent les Pyrénées et poussèrent des incursions loin en terre franque jusqu’au coup d’arrêt de Charles Martel à Poitiers en 732. Entre-temps, les montagnards des Asturies combattant autour du roi Pélage remportent une première victoire à Covadonga, le 28 mai 722. Petite bataille, vouée à devenir symboliquement le début d’une Reconquista qui ne trouvera son nom qu’au XVIIIe siècle, longtemps après la tâche accomplie. Les acteurs ignoraient l’histoire qu’ils étaient en train d’écrire avec leur sang, leur espérance et leur ténacité.
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