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La Nouvelle Revue d'Histoire n°36
dirigé par Dominique Venner
Jouissez sans entrave !
Sous le regard de l’histoire, mai 1968 apparaît comme l’une des conséquences du siècle de 1914. Celui-ci avait vu disparaître les valeurs de noblesse et d’énergie qui sous-tendaient l’ancien ordre européen. À partir des années 1960, il a entraîné la domination de la contre-culture américaine, parfaitement accordée à l’injonction des pères fondateurs des États-Unis : « Enrichissez-vous ! » Cela s’est accompagné en France d’une dérive bourgeoise fort ancienne, bien décrite par Jean Dutourd dans son célèbre pamphlet Les Taxis de la Marne, publié par Gallimard en 1956.
1956, apparemment un autre monde. Voire ! C’est le monde qui a fabriqué en partie celui de 1968 et donc celui d’aujourd’hui, l’accumulation des dégâts en plus. Certaines remarques acides de Dutourd semblent très actuelles. Celle-ci par exemple sur les « enfants du siècle, restés avec leurs mères pendant que les pères guerroyaient. » C’est une vieille histoire d’autrefois puisqu’il s’agit des fils de la Grande Guerre, mais elle a contribué à nous faire ce que nous sommes. Les mères de ces enfants n’étaient pas des Spartiates. De leurs petits mâles, elles firent des couards et des mollassons, les futurs vaincus de 1940. On ne dira jamais assez le rôle primordial des mères dans la transmission des valeurs, en bien ou en mal. Avec dépit, se souvient Dutourd, « j’aurais appartenu à la génération des petits mufles du Diable au corps, ces chérubins, ces héros de roman que nous voyons aujourd’hui quinquagénaires, dirigeant des industries familiales, ou épiciers en gros, ou administrateurs de sociétés anonymes, et membres du Rotary-Club. J’aurais de la brioche, comme ils disent plaisamment (c’est-à-dire à la fois du ventre et de l’expérience) ; je posséderais un joli compte en banque, une automobile dernier modèle, trois enfants aussi bêtes que moi, et une épouse moche que l’on redoute et que l’on trompe en catimini ».
C’est contre ces quinquagénaires peu estimables qu’a soufflé la révolte de mai 1968, elle-même une parfaite imposture. Quarante ans après, on découvre qu’à quelques détails près elle a fabriqué la copie des pères souvent méprisables de 1956. Il y avait bien eu la brève et très partielle éclaircie de la guerre d’Algérie, ses régiments de paras musclés, nuque rase, dressés quelque temps contre l’avachissement de l’époque. C’est un journaliste de gauche, tombé un temps sous la séduction, Gilles Perrault, qui en a laissé le plus exact témoignage. Il cite la Prière des paras accompagnée de ce commentaire : « Toute la jeunesse la récite sans même la connaître. Il n’y est pas question de niveau de vie. L’habileté suprême des colonels parachutistes, c’est de tout exiger en n’offrant en échange que la souffrance et la mort. À l’attrait de ce marché-là, nulle jeunesse, jamais, ne résistera (1). » Ce n’était pas une habileté de tricheurs, puisqu’euxmêmes ont souvent payé le prix fort.
Fragment écrit par le colonel Bigeard au temps de sa splendeur : « Nous avions des rendez-vous, à chaque coin de piste, derrière chaque piton, mais c’était avec notre mort. Cela, aucune bête au monde n’aurait pu le comprendre. » Commentaires de Gilles Perrault : « Fascistes et paras refusent la souffrance de la religion chrétienne pour ce qu’elle représente de soumission à une volonté divine. Le chrétien accepte la souffrance ; Bigeard la recherche. Il va à elle orgueilleusement et non pas avec humilité. La souffrance acceptée rapproche le chrétien de son Dieu ; la souffrance recherchée fait du fasciste un dieu. »
Rare est le principe qui pose comme but à la vie de « viser l’excellence ». Pas difficile de comprendre que ce principe tend à construire un autre type humain que celui qui postule de « jouir sans entrave ».
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1.Gilles Perrault, LesParachutistes, Le Seuil, 1961.
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